Quand elle entre dans la maison, lui monte au nez une légère odeur de suie, de langes souillés et de lait chauffé. Au milieu du salon sombre en pièce sur pièce, la petite dort dans les bras ronds de sa mère assoupie, fève dans sa cosse. Beth délace ses chaussures, en dégage la neige, descend à la cave ajouter une bûche dans le poêle. Elle retire ses pelures une par une, qu’elle étend sur les cordes molles. Elle remonte, attrape la large couverture de laine et enrobe la fève et sa cosse.
À l’image de la belette, Beth se faufile entre les roches du monde. Après avoir assisté à un accouchement spontané à l’adolescence, elle s’engage dans l’accompagnement à la naissance. Mentorée par Hélène, sa grand-mère de cœur, elle apprend et pratique le métier de sage-femme malgré l’illégalité. Se révéleront alors à ses yeux tous les liens insoupçonnés qui peuvent unir les femmes entre elles. Or sa pratique, comme la profession, se verra sans cesse menacée.
On en parle
L’évolution du métier de sage-femme se déploie en filigrane de la vie de Beth, dans une écriture d’abord ancrée dans le cœur du personnage et ses expériences. Or, les témoignages qu’elle récolte, les nouvelles ambiantes et les rencontres avec d’autres pratiquantes abordent des enjeux qui résonnent encore fortement aujourd’hui, parmi lesquels les violences obstétricales et la pathologisation de la grossesse.
— Anne-Frédérique Hébert-Dolbec, Le Devoir, Juin 2026
Ce très beau roman, porté par une écriture méticuleuse et chantante, observe de près l’évolution du métier de sage-femme au Québec, par l’intermédiaire de l’expérience de Beth. [...] Sous le couvert de la fiction, l’autrice aborde avec doigté la médicalisation de l’accouchement et offre des passages forts sur la naissance, la transmission du savoir et la puissance du corps féminin.
— Geneviève Tremblay, L'actualité, Juin 2026