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La lutte pour le territoire peut être belle. Riopelle y met tout son cœur, tout son art, contribue au Bivouac en plein bois comme à une dernière chance de sauver à la fois Gros Pin et une humanité en déroute. Pendant ce temps, à la Ferme Orléane, Anouk et Raph s’y attellent les deux mains dans la terre, portées par la possibilité d’une agriculture et d’un vivre-ensemble révolutionnaires... ainsi que la promesse de suffisamment de conserves pour retourner passer l’hiver au chaud dans leur tanière.

Mais là où certains voient une Nature alliée à protéger, d’autres voient une ressource à exploiter. Jusqu’à ce que le bois grince, que la terre craque.

Je divague. Un arbre me parle. Je pique vers lui, un hêtre de mon âge, pour flatter son écorce lisse. Toucher du bois. Mes bras sont raides comme des bâtons de ski. Je fais une prière tacite. Forêt, aide-moi.

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Extrait

Je divague. Un arbre me parle. Je pique vers lui, un hêtre de mon âge, pour flatter son écorce lisse. Toucher du bois. Mes bras sont raides comme des bâtons de ski. Je fais une prière tacite. Forêt, aide-moi.

Je marche longtemps encore, assez pour comprendre que la radio ne mentait pas et que la météo apocalyptique rend périlleuse toute tentative de survie à découvert. Je pense à Saint-Exupéry écrasé en plein Sahara libyen, à ce que je n’ai pas compris du Petit Prince. Je songe aux coureurs des bois égarés du temps de la colonie, à ce vieux pêcheur errant en mer d’Hemingway. Tous allés trop loin. Est-ce la morale de ces histoires, dont j’ai oublié la fin? Jeu d’esprit. À savoir si on se déshydrate plus vite dans le désert, brûlé de soleil en plein océan ou exposé au froid sur ce rang anonyme? Mon esprit roule sur la jante, des routes qui ne débouchent sur rien aux banquises qui fondent, jusqu’aux neiges des sommets qui ne sont plus éternelles, en passant par tous ces espaces sauvages devenus hostiles, même pour les espèces qui s’y étaient adaptées au fil de mutations millénaires.

Je suis le plus mésadapté d’entre tous. Mammifère sans fourrure véritable.

J’avance longtemps, longtemps encore, en me parlant, habité par les quêtes d’hommes éprouvés par le climat, toutes époques confondues. Progresser par un temps pareil relève de la pure folie. Mais on m’a entraîné pour ce genre d’épreuve. Je n’ose pas enlever mes gants même pour constater la gravité de mes engelures. Faut atteindre le point de rendezvous, et vite.

On en parle

Gabrielle Filteau-Chiba fait de sa plume fougueuse, lyrique et engagée une arme pour provoquer l'action et la prise de conscience. 
– Anne-Frédérique Hébert-Dolbec, Le Devoir

Si beauté, espoir et fraternité il y a dans Bivouac, Gabrielle Filteau-Chiba n'occulte pas non plus les divisions et frictions qui peuvent naître entre environnementalistes et apôtres du profit à tout prix, ou entre les idéalistes qui rêvent d'un monde meilleur et les locaux engagés par l'entreprise forestière et qui veulent mettre du pain sur leur table. Et, malgré les bonnes intentions, la lutte ne reste pas toujours pacifique.
– Iris Gagnon-Paradis, La Presse

Après avoir lu Encabanée et Sauvagines, je croyais aimer l'autrice Gabrielle Filteau-Chiba à mon maximum. Puis, j'ai lu Bivouac. Et je suis tombée à la renverse. L'autrice a réussi à me surprendre, m'ébranler et même, me faire verser des larmes.
– Pour cœur littéraire

[U]n roman viscéral et engagé qui se prote à la défense des régions sauvages du Québec.
– Châtelaine

L'écriture, mélange de sève et de sueur, riposte aux pipelines en liassant couler quelques fulgurances.
– Coup de pouce

Avec Bivouac, Gabrielle-Filteau-Chiba nous convainc de la beauté de la lutte pour sauvegarder l'environnement. On connaît la face publique des batailles écologiques : les figures de proue, les manifestations, les moyens de pression... un monde d'affrontements.
Mais qu'en est-il de la vie des militants, de leurs convictions, leurs contradictions, leurs émotions au quotidien? Bivouac le raconte, avec lucidité et bienveillance. 
– Josée Boileau, Le Journal de Montréal

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