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Renouer avec la Terre et tout ce qui nous unit

Pour trouver notre voie

Par Tanya Talaga

Texte original en anglais traduit par Catherine Ego

La journaliste Tanya Talaga attire notre attention sur un urgent problème humanitaire qui touche les peuples autochtones ayant fait les frais de politiques coloniales partout à travers le monde: le suicide chez les jeunes.
Le violent déracinement des communautés de leur milieu de vie naturel, la séparation des familles et la coupure radicale avec les modes de vie traditionnels ont résulté en un divorce spirituel dont l’impact se mesure encore aujourd’hui sur les jeunes générations.
Mais les nations autochtones partagent également une longue histoire de résistance, de résilience et de lutte pour les droits civiques, rappelle Talaga. Pour renouer les fils cassés et trouver une voie d’avenir, elle lance un vibrant appel à la solidarité et à la justice favorisant l’atteinte d’un monde plus équitable pour les généra - tions futures.

Ce livre se propose de réparer les torts du passé, de nous mobiliser, tous et toutes, à l’égard des droits des enfants autochtones – le droit à des soins de santé adéquats, à des services éducatifs équitables, à de l’eau potable et salubre, à la sécurité dans leur communauté, à une maison chaude et sûre où ils pourront dormir la nuit, bordés dans leur lit par des parents qui leur murmurent qu’ils les aiment. Ce livre cherche à leur rendre la fierté de leur identité et de leurs origines.

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Extrait

UN

Nous sommes ici de toute éternité.

Thunder Bay, en Ontario. Printemps 2017. Je roule dans la rue May en compagnie de Ricki Strang. Nous revenons d’une promenade bouleversante au bord de la rivière McIntyre. Elle contourne un petit centre commercial, longe un stationnement puis s’engouffre sous un pont. C’est ici que le corps de Reggie, le petit frère de Ricki, a été repêché le 1er novembre 2007. Au total, sept étudiants des Premières Nations qui fréquentaient l’école secondaire à Thunder Bay sont morts entre 2000 et 2011. Le 26 octobre 2007, Ricki, alors âgé de 16 ans, a constaté en se réveillant qu’il se trouvait dans les eaux de la McIntyre. Ce soir-là, il a aussi vu son frère en vie pour la dernière fois. Reggie avait 15 ans. Ricki me dit qu’il partira demain pour aller assister au service commémoratif en l’honneur d’Amy Owen, une jeune fille de sa communauté. La Première Nation de Poplar Hill est établie dans une réserve située à plus de six cents kilomètres au nord-ouest de Thunder Bay, inaccessible par la route. Calmement, Ricky précise qu’Amy était vraiment très jeune et qu’elle s’est suicidée.

Le soir du 8 janvier 2017, Amy Owen s’est enfuie de son foyer de groupe pour adolescentes, dans la région d’Ottawa. Elle s’est dirigée tout droit vers les rails de chemin de fer, de l’autre côté de la rue. C’est là que la jeune fille de 13 ans voulait mourir. Le soir, indique la directrice du foyer Beacon Home, Amy parlait régulièrement de ses intentions de suicide. Elle les écrivait sur les murs, sur des bouts de papier : Il faut que je parte; Je veux mourir1. » Le 8 janvier 2017, le personnel de ce petit établissement de sept lits était vigilant et se tenait prêt à intervenir. Ce soir-là, Amy n’a pas pu mettre son projet à exécution.
L’une de ses amies n’a pas eu cette chance. La même nuit, à plus de mille kilomètres de là, dans le nord de l’Ontario, dans la lointaine communauté des Premières Nations de Wapekeka, également inaccessible par la route, Jolynn Winter, 12 ans, s’est enlevé la vie.
Le 10 janvier, deux jours plus tard, toujours à Wapekeka, Sandra Fox est sortie pour aller chercher des analgésiques pour ses douleurs persistantes aux jambes. En rentrant chez elle, elle a trouvé sa fille pendue. Chantell Fox, 12 ans, était la meilleure amie de Jolynn.

On en parle

«À travers les histoires qu’elle raconte en s’appuyant sur des reportages de terrain, des enquêtes documentaires et de nombreuses statistiques, Talaga démontre à quel point les enfants autochtones continuent de vivre sous le poids de l’histoire coloniale.» Quill & Quire