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Philosophie du hip-hop

Des origines à Lauryn Hill

Par Jérémie McEwen

Préface de Webster

Qui aurait pensé faire appel aux grands noms de la philosophie occidentale pour analyser les oeuvres artistiques du hip-hop, décortiquer les textes de chansons, les graffitis au mur, le travail des DJ et l'art des danseurs urbains? Le professeur de philosophie et spécialiste du rap Jérémie McEwen, bien sûr. Dans ce livre, il bâtit des ponts entre la philosophie occidentale traditionnelle et le hip-hop américain afin de mieux comprendre les racines de ce mouvement culturel mondial tout en faisant descendre la philosophie de son piédestal. Il en résulte un formidable portrait des grands courants de pensée qui traversent le hip-hop, ponctué par des entrevues avec DJ Asma, Spicey, Monk.e et Enima, artistes du milieu qui nous offrent leur point de vue du terrain.

« McEwen est passionné de cette culture. Il prend un malin plaisir à en déchiffrer les nombreux codes. Nous parcourons ainsi l'histoire du rap à travers des incontournables, de Grandmaster Flash à Lauryn Hill en passant par Rakim, Tupac Shakur et Biggie Smalls. Les philosophes ne sont pas en reste, Machiavel, Thomas Hobbes, Épicure et les Stoïciens nous sont aussi présentés à la lumière de leur contrepartie hip-hop. Ce qui, pour plusieurs, peut sembler incongru au départ, prend tout son sens sous la plume de l'enseignant. »
- Webster
 

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Extrait

J’ai commencé à lire des textes de hip hop studies et des canons de la littérature afro-américaine à temps plein. […]

Je voulais le moins possible imposer ma propre idée sur celle de mon objet d’étude ; alors j’ai lu. Ma prémisse fondamentale était la suivante : étudier d’abord les textes du hip-hop, par-dessus tout. Les textes sur les murs, les textes dans les chansons. Et là où il n’y avait pas de textes à proprement parler, comme dans le cas des DJ, étudier le travail des artistes hip-hop comme s’il s’agissait de textes. Je tenais cette prémisse de ma formation en philosophie herméneutique : tout ce que nous avons, en tant qu’étudiants de l’histoire de la pensée, ce sont des écrits. Sortir des textes, c’est entrer dans la spéculation pure, qui tourne surtout autour de notre propre vision du monde, et non celle de notre objet d’étude. J’ai consulté les livres écrits par les rappeurs eux-mêmes, bien sûr, mais ils n’ont jamais été pris comme dernier mot sur la philosophie des chansons elles-mêmes. Les textes dans le rap ont été considérés comme contenant des idées philosophiques en soi. […]

Les critères de sélection des artistes étudiés étaient nombreux. Premièrement, je voulais étudier les canons du hip-hop mainstream américain. Parce qu’il fallait commencer par le commencement. Le hip-hop underground comporte évidemment aussi de nombreuses philosophies, mais mon but était de comprendre le hip-hop populaire, dont les idées et les  philosophies ont influencé le plus grand nombre de gens dans le monde. Deuxièmement, je voulais rendre hommage aux premiers moments du genre, puisque la recherche philosophique a pour tradition de commencer par les débuts avant d’aller plus loin. Troisièmement, je voulais traiter des quatre branches classiques du hip-hop (DJ, graffiti, rap, break). Quatrièmement, je ne voulais pas laisser de côté le gangsta rap. Finalement, sans faute, je voulais réfléchir à la place des femmes dans le hip-hop populaire.

L’idée méthodologique générale est la suivante : faire un aller-retour entre la tradition philosophique européenne, qui constitue la base de ma formation, et la culture hip-hop, dans laquelle je me suis immergé depuis l’adolescence. Parfois, le hip-hop met de l’avant des idées négligées par les philosophes. Parfois, c’est l’inverse. Dans tous les cas, mon but n’est pas de montrer la supériorité de l’une sur l’autre, mais de plutôt construire des ponts entre les deux traditions en apparence distinctes. Bien sûr, des idées propres à la tradition littéraire afro-américaine ont aussi été sollicitées à plusieurs reprises, par simple probité intellectuelle. Utiliser seulement des textes de tradition européenne pour analyser le rap américain aurait été un non-sens. Ainsi, faire des ponts, tout en respectant aussi la nature propre des éléments de chaque côté de la rive.

J’ai toujours eu la conviction que la philosophie est partout, simplement parce que tout le monde a un mode de vie sous-tendu par un certain nombre de principes. Nous sommes tous philosophes. Parfois, peut-être même la plupart du temps, nos principes ne forment pas un tout cohérent. Mais ça n’a pas d’importance, puisque la vie n’est que très rarement envisageable comme un tout cohérent.

Si la philosophie peut devenir ce que j’ai toujours pensé qu’elle devait être, à savoir une discipline accessible à tous, elle doit être étudiée à même la culture contemporaine existante, et non pas seulement dans des systèmes de pensée parfaitement ficelés d’un passé lointain. Inversement, si le hip-hop veut continuer de croître en profondeur dans le futur, il ne doit pas se gêner de mettre au jour ses propres principes fondamentaux.

En vidéo

Les « hip-hop studies »

Tupac Shakur et Machiavel

Vivre le hip-hop

Niveau scolaire québécois
5e secondaire, Cégep et Universitaire (tous niveaux)