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Élizabeth respire plus fort. Plus vite. Ses yeux s’écartillent, s’écartèlent, sautent de gauche à droite dans l’orbite pour saisir ce qui semble tenir de la vision intérieure. Un frétillement dans ses doigts, dans ses mains, dans ses lèvres, dans sa tête. Ça pétille, ça pétille. Son cerveau est un brocoli aux fleurs trop serrées qui s’ouvrent toutes en même temps pour offrir aux yeux, à la place du vert doux, le jaune criard de la fucking ré-vé-la-tion.

Trente-trois ans, c’est six de plus au compteur que Cobain, Winehouse, Basquiat et autres beaux maudits. Mais c’est quand même beaucoup trop tôt pour apprendre que son corps fout le camp. Alors Élizabeth peint. Des choses sauvages et fluos. Tout ce qui la dévore. Comme une enfant perdue au milieu d’un conte sans fée.

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Extrait

 

Le chalet est sur le bord de l’océan, as advertised. En débarquant de la voiture, son regard s’arrête sur le large pendant que son cerveau s’emplit de l’odeur bigarrée faite d’un mélange d’iode, d’algue, de caca et de terre rouge. Son coeur palpite, se gonfle, explose presque devant la glorieuse étendue mouvante. La seule chose à faire : courir, courir vers l’eau, les bras en croix en beuglant « Chanson des collines », comme Julie Andrews dans La Mélodie du bonheur.Margot la suit en gloussant, Émile en marchant mollement.

En se retournant, elle voit Robin qui, faisant écho aux passions d’Anne Shirley sur les VHS de son enfance, met ses mains dans ses poches pour lui jeter une oeillade à la Gilbert Blythe. 

Le p’tit frère arrive pas longtemps après avec sa belle Sofiane, qui sent son mal de coeur de femme enceinte se calmer avec le retour à l’immobilité. Élizabeth leur fait de grands signes avec ses bras pour les inviter à la rejoindre. Sofiane est verte. 

— Hum… T’as pas l’air bien.
— Arwgf…
— Respire avec moi.

Élizabeth aspire avec sa bouche le sel pulvérisé dans l’air par les vagues et l’expire bruyamment pour donner l’exemple. Sofiane fait comme elle.

Elles ferment leurs yeux. Sofiane se sent mieux. Leurs cheveux s’agitent dans tous les sens en pinçant leurs visages. Élizabeth se dit que, si elles avaient eu à ce moment précis des parapluies, elles auraient pu s’envoler en courant juste un petit peu pour se donner un élan. 

On en parle

Une lecture qui, sous un vernis d'humour, de légèreté et de je-m'en-foutisme, émeut, tout en nous remettant face à notre inéluctable mort. 
– Valérie Simard, La Presse

Il y a beaucoup de vulnérabilité entre ces pages, mais aussi et surtout, beaucoup d'amour et de tendresse. 
– Pour cœur littéraire