Fermer

Tous les corps naissent étrangers

Collection Romanichels

Jean-Jacques Darrieux est un homme dont la réussite sociale est indéniable. Il a laissé loin derrière lui ses origines modestes, sa famille dysfonctionnelle, sa mère alcoolique et son père violent. Il a connu la gloire, en tant que présentateur de nouvelles télévisées, et il est maintenant le président d’un important cabinet de relations publiques. Il aime l’argent, et il en a beaucoup. Il n’a pas d’amis, il est vrai, mais il a des relations et il est membre de deux CA. Il n’a plus d’épouse, mais il a une maîtresse qui a de la classe; il ne l’aime pas, mais il l’apprécie. Il a aussi un entraîneur personnel, qui est la seule personne à qui il obéit.

Il y a pourtant une faille dans la vie de cet homme riche, puissant et sûr de lui, une imperfection qui échappe à son contrôle et dont il ne parle à personne: son fils de seize ans, lourdement handicapé, est condamné à passer sa vie dans un lit d’hôpital et à mourir avant lui. C’est un corps étranger.

Hugo Léger rend avec une égale vivacité la cruauté du monde des affaires et la vulnérabilité de son personnage principal. Jean-Jacques Darrieux est un vautour redoutable, certes, un misanthrope cynique et misogyne, mais c’est aussi, quoi qu’il en dise, un père soucieux de son fils et un homme capable de tendresse. Et un PDG qui aime troquer son complet Boss pour un costume de chevalier dans un corps de tambours et clairons où il joue de la grosse caisse. Un personnage complexe et tout en nuances.

Afficher

Extrait

Philippe ne sera jamais le fils que j’ai voulu. Je sais, je sais, les bonnes âmes me l’ont déjà servi: on peut dire la même chose d’un garçon normal, sans handicap, avec toute sa tête, tous ses membres […]. Mais je n’ai pas hérité de ce modèle-là. J’ai reçu la poupée cassée. Je suis propriétaire d’un jouet auquel il manque des morceaux et que je ne peux retourner au fabricant. Je l’avais imaginé comme moi, en mieux, sans mon passé, sans mes défauts, courant entre mes jambes, se dressant devant moi, défiant mon autorité, vif. Oui, vif comme la vie. Mais il est aussi éteint qu’une ampoule brisée. Je me sens coupable de ne pas l’aimer. Je veux l’aimer. Il faut que je l’aime.

On en parle

À 53 ans, Hugo Léger est un auteur dont l'écriture efficace, la musicalité des tournures, les images percutantes, la structure audacieuse et le style mordant font de son premier roman une belle réussite.
– Magazine Entre les lignes

Finaliste
Prix Senghor du premier roman francophone et francophile 2012
Roman abordant la vie familiale Thème narratif : vie intérieure