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«L’amour est enfant de bohème», dit l’opéra connu. Et la bohème ne loge pas toujours dans les grands palais. Ce peut être parfois près du port, à l’intérieur d’une vieille épave rouillée où ça sent la sueur, le cambouis et les vapeurs âcres du diesel. Et puis l’odeur des putes aussi, car elles sont toujours là, tout près, disponibles pour la clientèle. Lomer Odyssée, c’est une virée dans les bas-fonds d’un port crasseux où vit une pute usée jusqu’à la moelle, mais que son amant persiste à aimer comme une nubile.

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Extrait

Elle fumait, mais n’avait jamais de feu. Alors moi, je lui en donnais. Pour m’en demander, elle disait toujours Allez, Petit, éclaire-moi l’horizon! Et ça brillait dans ses yeux, c’était la fête, comme un feu de Bengale, quand j’approchais de son visage l’allumette qui me brûlait les doigts et qui illuminait ma vie. Elle ne disait jamais merci.

Il y avait chez elle comme un air de fin de millénaire, une décadence intégrale, des ruines et des ruines comme toute une civilisation enfouie dans la jungle de son corps profané, et moi, je l’aimais. Puissamment amoureux j’étais, cul par-dessus tête absolument, nirvana rien qu’à la voir. J’aurais pu être son fils. J’étais son homme.

— Tu me plais, qu’elle me disait parfois, et pour elle cela voulait tout dire, c’était l’amour fou, rien d’autre à ajouter.

Le poids de ses mots n’avait aucune commune mesure, chacun étant si rare, si lourd de sens qu’il en devenait définitif, et l’on se trouvait chanceux qu’il s’adressât à soi.

Littérature moderne et contemporaine Thème narratif : vie intérieure