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Lucie Lachapelle a fait plusieurs séjours au Nunavik où elle a enseigné en 1975. Elle en a rapporté des paysages de toundra et de glace ainsi que des personnages attachants qu’elle dépeint dans toute leur humanité et avec beaucoup de sensibilité.

Ce sont des Inuits, bien sûr: le père de Pitaa, un chasseur qui intimide les enseignants; Qumaluq, le solitaire hanté par la guerre où il a perdu l’usage d’une jambe; Akinisie, la vieille guérisseuse; Annie, la mère d’une famille nombreuse; Kitty, l’adolescente déjà mère; Tamusi, le séducteur des Blanches… Ce sont aussi des Blancs: Jean-Claude Mailly, le représentant de la province, paternaliste et condescendant; Kurt, le géant blanc, commis à l’aéroport; et surtout Louise, l’enseignante fascinée par le Nord et pleine de tendresse pour ses habitants.

La rencontre de l’Autre est au cœur de ces histoires d’amour et de violence, d’adversité et de courage, où le monde nordique est décrit dans toute sa grandeur et avec tous ses malheurs: une femme qui veut rattraper son amant, la nuit, manque de succomber aux bourrasques glacées; un chien errant arrache le visage d’une enfant; deux jeunes filles se perdent dans le brouillard; une vieille Inuite propose un remède pour le moins inusité; une rivière attend ses morts… Qu’elles soient dramatiques, poétiques ou teintées d’humour, ces histoires font ressortir avec finesse les différences culturelles entre le Sud et le Nord.

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Extrait

— J’ai éduqué mes fils à la manière inuite, sans donner d’explications, par l’exemple, dans l’action et dans l’épreuve. Mais puisque les temps changent, Pitaa apprendra les langues des Blancs, leurs manières et leurs coutumes, je ne l’amènerai plus à la chasse comme avant. Je n’ai rien à ajouter. Nakurmiik.

[…] Elle voudrait n’être jamais allée voir cet homme qui a bravé le froid, les tempêtes, les bêtes et les humains. Qui a vu des choses qu’elle ne verra jamais. Qui a parcouru des distances inimaginables. Qui a enseigné à ses fils à survivre et à vivre dans ce pays. Qui a, tatouée dans ses gênes, la mémoire de milliers d’années passées. Parce qu’elle n’a que vingt-cinq ans, parce qu’elle ne connaît pas grand-chose du monde et de la vie et absolument rien du Nord, parce qu’elle est complètement étrangère ici.

[…] Maintenant, le doute s’est installé dans son esprit et l’assaille tous les jours lorsqu’elle est face à l’enfant dans la classe. Il sait à peine lire et compter, que va-t-il devenir s’il n’apprend pas à être chasseur?

Lauréat
Prix littéraires des enseignants AQPF-ANEL 2014